La condition humaine rétablie

Frères et sœurs, je profite de l’occasion qui m’est offerte pour vous proposer cette méditation à la première page de notre journal ‘’Avant l’heure’’. Ce texte de Luc 8, 26-39 me semble bien à propos, après les vacances de la Toussaint marquées par la fête d’Halloween où l’on voudrait que l’on célèbre un ‘’dieu’’ de la mort, au milieu de la semaine.

En fait, l’église qui se prépare à célébrée la fête conventionnelle de Noël doit savoir que “ c’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu’’ (1 Jean 3,8).

L’objectif n’est pas de surenchérir, d’amplifier ou d’intensifier une certaine façon de voir les choses qui pourrait paraitre arriéré, ringard! Notre responsabilité est plutôt de déplorer une banalisation hypocrite pour laquelle nous ne pouvons ni nous dérober, ni collaborer.

D’où la question : Qu’est-ce qui motive ma prise de parole quand je dis ce que je pense ? Est-ce que je tiens compte de ma perception de la réalité ?

Toute perception humaine peut être altérée soit par le conjoncturel soit par l’émotionnel soit par une force extérieure. Toutes ces conditions peuvent influencer négativement ou positivement le jugement et le comportement humain.

Il est donc remarquable de voir que ‘’l’homme-légion‘’ est motivé par un sentiment de colère, de frustration devant ce qui lui semble une ingérence, une intrusion du fils de Dieu dans ‘’sa vie’’ !

C’est que sa perception de la réalité est faussée par une influence démoniaque :

Quand il vit Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds et dit d’une voix forte : Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je t’en supplie, ne me tourmente pas (Luc 8,28).

Quel accueil agressif il réserve à Jésus, le prince de vie ! Déjà, la manière dont il “parle’’ à Jésus dénote à la fois d’un manque de respect et d’un état conflictuel qui l’habite.

Que de la colère et de la haine dans la 1ère phrase alors que dans la seconde, il décline : Je t’en supplie, ne me tourmente pas. Pourtant, cet homme n’est pas un bipolaire car ce n’est pas lui qui pense ce qu’il dit. En fait, quand on manque d’égard pour l’autre, quand on s’en fout du reste du monde alors qu’on n’est pas fou, on doit s’interroger sur la dégénérescence de sa lucidité.

L’homme-légion a perdu toute sociabilité qui caractérise l’être humain. Plus de liens social, plus de pudeur et plus de honte dans sa manière d’être et d’agir.

La cause de son agressivité, de sa méchanceté est une emprise de laquelle Jésus va le dégager. Les démons l’ont dépossédé de son corps pour en faire leur maison, leur lieu de repos. Ils l’ont détourné de sa maison mais Jésus va le retourner dans sa maison.

Dans la Bible, la maison est le lieu de vie ou le cadre de l’éducation et la sociabilité. La maison et donc la famille constituent une notion fondamentale dans la Bible. La maison est le sens de ” ב, Beth‘’, .)תיִׁשאֵרְּב ,la première lettre de la Torah (Berèshit Beth signifie maison et constitue un signe de bénédiction (הכרב berakha). Ainsi, la destinée de celui qui vit dans une maison c’est d’y puiser les moyens pour fonder sa maison quand il va en sortir afin de ne pas vivre une “vie des tombeaux’’.

Déjà, au début du chapitre, il nous est signalé que Jésus allait de ville en ville et de village en village. Il prêchait et annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu (Luc 8,). Pour sortir l’homme- légion de sa mauvaise influence, Jésus se rend dans le territoire des Géraséniens et le fait d’y mettre ses pieds constitue une prise de possession des lieux. Jésus va donc y manifester le règne de Dieu malgré un accueil moins sympathique.
La démarche de Jésus va consister à démasquer l’usurpateur de son identité du possédé. La Bible ne nous indique pas son identité propre mais il désigne par deux termes génériques :

– Mâle (ἀνήρ) à deux reprises, pour marquer au début du texte une masculinité prise en otage et qui est restituée à la fin du récit. Malgré la force qui caractérise le mâle, il n’a pas su résister et vaincre les forces du mal.

– Humain (ἄνθρωπος) à trois reprise et au milieu de texte. Ce terme souligne la perte de l’identité, des facultés et des moyens qui caractérise l’être humain, imago Dei (ndlr: à l’image de Dieu). En fait, l’homme ne doit pas être instrumentalisé ou être réduit en un moyen.

Pourtant, L’homme-légion a été dépossédé de sa maison pour être la maison des démons, le lieu de leur confort. Jésus avertit : “Lorsqu’un esprit impur est sorti d’un homme, il va dans des endroits arides pour chercher du repos. Comme il n’en trouve pas, il dit : ‘Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti” (Luc 11,24).

Ainsi, l’homme-légion est devenu un objet. Il a perdu toute sa raison et il est devenu incapable d’exprimer de l’amour pour les autres. Il n’a plus de pudeur et ne veut en aucun cas renouer les liens sociaux qu’il a brisés. Cet homme est mort à la fois socialement et spirituellement.

Mais le règne de Dieu va le rétablir dans sa mission initiale et l’aider à vivre avec les autres en harmonie.

Pour rendre son humanité à cette personne Jésus va démasquer les véritables intrus, ceux qui ont dénaturé identité et qui l’ont infligé une situation inhumaine. En fait, ils ont usurpé son identité, dominé sa pensé et voilé son intelligence.

Le Seigneur Jésus, qui a déjà pris possession de ce territoire et découvert l’usurpateur, les déloge et rend impossible leur repos car leur prochain refuge se noie dans la mer, au final. Par contre, la condition humaine de cette personne est rétablie. Il a récupéré toutes ses facultés. Il n’est plus agité mais choisit lui-même de s’assoir aux pieds de Jésus.

Mais que signifie s’asseoir aux pieds de Jésus ?

  • –  C’est se soumettre aux prescrit des écritures,
  • –  C’est exprimer son appartenance à Christ,
  • –  C’est conditionner sa vie à celle du Christ.La conséquence de la consécration est que celui qui est délivré recouvre sa pudeur et sa lucidité. Pour conclure cette méditation et nous préparer au cycle de Noël, appropriez-vous ce texte de Paul aux Colossiens 2 : 13Vous qui étiez morts en raison de vos fautes et de l’incirconcision de votre corps, il vous a rendus à la vie avec lui.Il nous a pardonné toutes nos fautes (v14 et 15),
    • –  14 il a effacé l’acte rédigé contre nous qui nous condamnait par ses prescriptions, et il l’a annulé en le clouant à la croix.
    • –  15 Il a ainsi dépouillé les dominations et les autorités et les a données publiquement en spectacle en triomphant d’elles par la croix.Que Dieu vous bénisse !Votre frère, Jean Willy Mbonzemba

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Le mot du pasteur

Le Royaume de Dieu

Dans ce récit de l’épisode qui occasionne le tout 1er miracle de Jésus dans l’évangile de Jean, les interventions de Marie, sa mère, marque profondément mon esprit.

« Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit: ils n’ont plus de vin. 4 Jésus lui répondit: femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue. 5 Sa mère dit aux serviteurs: faites ce qu’il vous dira (Jean 2,3) ».

Le fait que ce récit emploie le terme mère à deux reprises nous pousse à porter un regard interrogateur sur l’utilisation du terme femme par Jésus. Jésus ne veut pas du tout porter un jugement en répondant à la requête de sa mère (mh,thr). En employant le terme femme gu,nai (de gunh,), il veut souligner la sensibilité féminine de Marie, franchement !

En fait, l’intention de Marie, au-delà du fait qu’elle semble la seule à remarquer qu’‘’ils n’ont plus de vin’’, marque non pas une appréhension mais un aperçu plus avisé des conséquences désastreuses de ce manque, de ce déficit, au début de la vie nouvelle de ce couple. Le manque de vin risque de rendre vain et inutile tous les efforts déployés dans la mise en œuvre de l’organisation cette soirée qui devait augurer une vie autre.

Le bon vin est le symbole de la joie, l’allégresse, la gaité. Le manque de vin rend vain, inutile, inefficace la bonne ambiance, la bonne humeur. Le manque de ce vin envenime la situation, il la pollue, la pourrit. L’absence de ce vin désespère l’être humain et le conduit à déserter, à baisser les bras et le conduit même à penser que la vie n’a pas de sens, et donc la mort peut mettre fin à une vie chargée d’afflictions. Avons-nous encore du bon vin dans nos couples ? Il y a-t-il encore du bon vin dans nos maisons ? Dans nos vies ?

J’estime que l’église, en tant qu’épouse du Christ devrait manifester cette sensibilité car il y a de moins en moins du vin dans nos communautés. En fait, Dieu veut que nous retenions fermement l’espérance que nous proclamons (Hébreux 10,23). Mais, ce moment où la foi est mise à l’épreuve rend la vie chrétienne maussade. Il nous faut donc percevoir ce sentiment de tristesse qui ronge ceux qui ont l’impression que le Seigneur tarde dans l’accomplissement de ses promesses (2 Pierre 3,9) alors que celui qui a fait la promesse est fidèle.

J’estime que l’église a besoin des “mariES’’ qui vont parler à Jésus de notre manque de vin. Il s’agit de ceux et celles qui ont cette empathie devant ces réalités qui ne touchent pas les cœurs froids, gelés ou glacés par un ‘’légalisme’’ stérile ou une ‘’tradition’’ infructueuse. Que l’Esprit Saint suscite des personnes ayant une capacité intuitive qui permet d’appréhender l’intention de l’adversaire et le danger de ses menaces. Ainsi arrivera l’instant Jésus, l’heure ou le moment de l’action de Jésus pour manifester le règne de Dieu.

Les “mariES’’, sont des personne qui ont la foi qui monte ‘’la première marche lorsqu’on ne voit pas tout l’escalier’’ (Martin Luther King). La foi chrétienne constitue donc une démarche plutôt intérieure qu’extérieure. Elle est incarne la confiance qui nous pousse à l’action même lorsque les paramètres de la logique humaine nous indiquent une impasse. La foi chrétienne est à la fois participation ou collaboration. Que les ‘’mariES’’ s’élèvent !

Votre frère,
Jean Willy Mbonzemba

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